Écrivain public par Zaz CHALUMEAU

Un vieux métier d’avenir

Un peu d’histoire…

Le métier d’écrivain public n’est peut-être pas le plus vieux métier du monde… mais son origine remonte néanmoins à l’Égypte ancienne, en la personne du « scribe ».

Aussi étrange que cela puisse nous paraître, les pharaons de cette époque ne savaient en effet ni lire ni écrire. C’est donc le scribe qui est chargé de rédiger les registres d’entrées et sorties des aliments dans les greniers à blé et qui légalise par contrats tous les échanges possibles. Par ses connaissances de la lecture et de l’écriture, il tient donc une place de premier ordre dans la société.
Les scribes sont souvent fils de scribe et transmettent leur savoir à leur fils. Dès l’âge de cinq ans, l’élève apprend les signes ; son apprentissage, long et pénible, dure une dizaine d’années. S’il travaille en priorité pour la population pharaonique, il met son talent au service de tous et se trouve ainsi très proche du peuple. Muni de sa palette où sont rangés calames et encriers, il écrit toutes sortes de documents sur le papyrus.

Au Moyen Âge, le papyrus est toujours utilisé puis le parchemin. Muni d’un stylet d’os ou de métal, le scribe écrit sur des planchettes de cire. Couteaux, éponge, pierre ponce et plume d’oie complètent son équipement. Dans les monastères, il travaille avec d’autres (enlumineurs, doreurs, correcteurs, relieurs) pour copier des ouvrages. Animé par la foi, le scribe ne s’intéresse pas au contenu du livre ; toute son énergie et sa concentration sont orientées vers la réalisation de l’ouvrage.

À l’époque de Charlemagne, lui-même illettré, d’importantes réformes sont menées pour améliorer l’éducation qui se limite cependant aux clercs et aux nobles, le peuple paysan en étant exclu. Tandis que le latin demeure la langue d’une élite cléricale, intellectuelle et politique, le français connaît un développement important.

Après la Révolution de 1789, l’enseignement se développe et l’écrivain public perd un peu de son prestige sans toutefois complètement disparaître. Les gens du peuple ont toujours besoin de ses services.

Avec l’école obligatoire jusqu’à l’âge de seize ans puis l’arrivée de l’outil informatique de plus en plus performant et accessible à tous, on a pu craindre que le métier d’écrivain public s’éteigne. Il n’en est rien. Il s’est tout simplement modifié, adapté aux technologies modernes et besoins de ses contemporains.

Muni d’un téléphone portable, d’un ordinateur portable et d’un dictaphone, il reçoit ses clients ou se rend à leur domicile. Sa mission ? Écrire des courriers bien sûr, mais aussi des poèmes, des récits divers, des discours et même des biographies.

L’écrivain public du XXIe siècle

L’écrivain public d’aujourd’hui est souvent un professionnel libéral soumis à toutes les charges et impôts de cette catégorie. Depuis peu, il peut aussi déclarer son activité en auto-entrepreneur. Disposant d’un local ou travaillant chez soi, il peut recevoir ou se déplacer au domicile de ses clients.
Contrairement à la logique, l’allongement des études ne garantit pas aux différents diplômés des écoles une aptitude à se sentir à l’aise dans la rédaction de courriers et autres textes littéraires ou non. Et les correcteurs d’orthographe et grammaire dont sont équipés tous les ordinateurs sont de piètres outils pour qui ne maîtrise pas les subtilités de la langue française.
Il n’est donc pas rare de voir des hommes et des femmes dotés d’un bac plus un nombre impressionnant d’années d’études avoir recours à l’écrivain public pour écrire un article, corriger une thèse ou rédiger un discours. Pour le client, le professionnel de l’écrit a sur la secrétaire ou l’épouse de l’intéressé l’avantage de demeurer complètement dans l’ombre puisqu’il ne se montre jamais aux côtés du client et ne signe jamais (sauf sur demande du client) ce qu’il écrit : le poème, le discours ou la biographie, par exemple, après paiement de la facture, restent la propriété exclusive du donneur d’ordres. L’écrivain public a de plus un devoir de discrétion voire de confidentialité : le secret professionnel.

Comme tous les métiers, celui d’écrivain public, riche en possibilités d’expression, tend à s’organiser en plusieurs spécialités. Certains exercent leur art dans les domaines administratifs et sociaux tandis que d’autres se tournent plutôt vers le rédactionnel ou le secrétariat indépendant.

ZAZ-ECRITOIRE

À mon compte depuis 2004, je travaille pour des professionnels et des particuliers.

Chirurgiens et médecins ont recours à mes services pour saisir leurs courriers lorsque la secrétaire en place, en maladie ou congés, leur fait défaut, ou en supplément en cas de surcroît temporaire d’activité. Des artisans m’appellent pour effectuer les travaux de secrétariat qu’ils n’ont pas le temps de faire eux-mêmes et qui ne peuvent faire l’objet d’une embauche à temps plein ni même à mi-temps. Une association me demande de faire un publipostage, la saisie et la mise à jour d’un fichier. Un éditeur me confie la correction des articles qui composent son magazine. Une mairie me sollicite pour transcrire les fichiers audio de ses conseils municipaux et rédiger les procès-verbaux. Un comité d’entreprise me demande de transcrire leurs réunions mensuelles, en verbatim ou non. Un chef d’entreprise me sollicite pour la rédaction d’un discours, par exemple à l’occasion du départ en retraite d’un salarié.

Des particuliers prennent contact avec moi pour composer un poème pour célébrer un mariage, un baptême, un anniversaire, des obsèques. D’autres ressentent le besoin de mettre des mots sur leur souffrance suite à un décès, un divorce, une longue maladie, un accident. Ils me racontent leur expérience et, grâce au dictaphone discret, je rédige chez moi un texte fidèle au récit. Et puis, la grande tendance, les romans de la vie.

À une époque où l’on parle de familles éclatées et recomposées, à l’ère de la communication intercontinentale spontanée qui tue la communication entre voisins de palier, mes client(e)s éprouvent le désir de laisser un témoignage à leurs descendants. Alors que la tradition orale s’est peu à peu perdue avec l’avènement de la télévision qui règne en maître dans les foyers, l’écrit prend à nouveau la relève. Les personnes âgées racontent l’histoire de leur famille pour que les générations futures sachent d’où elles viennent. La demande émane d’ailleurs parfois des plus jeunes ; il n’est pas rare que des « enfants » se mettent ensemble pour offrir ce cadeau insolite à leurs parents : le roman de leur vie. Feuilles réunies par une simple baguette ou livre imprimé et relié par un professionnel, l’ouvrage s’inscrit ainsi dans la mémoire familiale.

Le métier d’écrivain, tellement varié et passionnant, a de l’avenir !

Zaz Chalumeau

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George Sand par Maïté PETIT

Portrait de George Sand 1838

Huile sur toile peinte par Auguste Charpentier
   Musée : Musée de la Vie romantique

Une rebelle face à son siècle !

Celle qui a eu toutes les audaces…

           Depuis des générations, la mémoire de George Sand était embaumée dans l’expression lénifiante et convenue de « La Bonne Dame de Nohant ». Pourtant, elle fut si irrespectueuse des convenances !… Il est temps de mettre fin à ces clichés.

               Oui, elle a eu toutes les audaces, publiques et privées : celle de s’habiller en garçon et de fumer le cigare, celle de dénoncer l’aliénation du mariage et d’affirmer les droits de l’amour-passion, celle de croire au génie du peuple et d’écrire selon son cœur. Elle a cru à la souveraineté de l’art, à la profondeur des traditions populaires, à la mission sociale de la littérature, en inventant une image moderne de l’écriture engagée. Par la force du travail, elle a édifié une œuvre colossale. George Sand, de son vrai nom Amandine Aurore Lucile Dupin a marqué son époque et fut pour le monde entier une figure flamboyante de la France.

            Alors, démodée notre George Sand ?

            Non, c’est notre contemporaine ! Jadis vivement critiquée, aujourd’hui trop souvent réduite à quelques titres, l’œuvre de Sand est pourtant d’une richesse et d’une cohérence indiscutables. Elle a occupé la scène littéraire de mai 1832, date de la publication d’Indiana,  à sa mort en juin 1876, laissant inachevé un dernier roman : Albine Fiori, soit 44 années de travail assidu pour une production considérable dans des genres très divers : roman, autobiographie, théâtre, essai, article, préface, conte, nouvelle, pamphlet politique et même quelques pages de poésie…

            George Sand écrivait avec une facilité déconcertante, fluidité et spontanéité, c’est ce qui a fait toute la beauté de sa correspondance. Elle a bien un style à elle et ce qu’elle nous décrit, on le voit, on l’imagine, on le ressent avec intensité.

            Pour découvrir l’incroyable diversité de son œuvre, entrez dans une librairie, évitez les titres dont vous avez déjà, peut-être, entendu parler, tels que Lélia  ou La Petite Fadette…Peut-être choisirez-vous Consuelo, suivi de La Comtesse de Rudolstadt ; vous y rencontrerez l’aventure, la musique et Venise. Plongez-vous dans sa correspondance en osant Histoire de ma Vie. Si vous préférez les nouvelles, essayez Le Secrétaire intime, La Marquise ou  Mouny-Robin.

            Dans le domaine du roman, vous avez le plus grand choix, d’Indiana (1832) au  Dernier Amour (1867), en passant par Jacques (1834), Mauprat (1837), La Filleule (1853) etc. Plus de 70 romans à son actif ! Je ne vous énumérerai donc pas toute l’œuvre romanesque de cette grande dame de la littérature française…Mais comment ne pas évoquer quand même les romans « de la campagne », ceux qui ont bercé notre jeunesse (enfin, la mienne !) : La Mare au Diable, La Petite Fadette et  François le Champi.

            George Sand a été, tout au long de sa vie, en relation avec une quantité d’artistes, dans tous les domaines : peintres (Delacroix, Théodore Rousseau, Corot, Jules Dupré), photographe (Nadar), musiciens (Liszt, Chopin), poète Alfred de Musset) etc.

            Elle a écrit, sur la condition féminine, des romans qui ont été considérés par les femmes évoluées de l’époque comme révolutionnaires. Elle y met en scène des héroïnes positives, des femmes qui luttent pour vivre à égalité avec les hommes et être reconnues à part entière dans la société.

            Alors, « rétro » notre George ?……  

Maïté Petit

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Portraits croisés

De la benjamine à la doyenne…

de 17 à 95 ans…

            L’A.P.A.C. fait encore mieux que Tintin (qui s’adresse aux lecteurs  de 7 à 77 ans ) pour ce qui est de l’âge de ses adhérents ! En effet, entre les 95 ans de la doyenne, Éliane Wickleder-Maguin et les 17 ans de la benjamine, Héloïse de Ré, il y a 82 ans, excusez du peu ! Appliquons, comme cela est d’usage, le privilège de l’âge à Éliane.

Éliane est née en 1922. Après une enfance passée à Joeuf (54), elle vit depuis de très longues années à Onville (54) dans la riante, champêtre et lumineuse vallée du Rupt de Mad qui a toujours beaucoup inspiré sa veine artistique. Elle a cinq filles, cinq petits-fils et deux petites-filles. Elle n’a pas poursuivi d’études au-delà du B.E.P.C. mais sa curiosité toujours en éveil lui a permis de développer, avec succès et grand talent, de nombreuses passions artistiques tout au long de sa longue et riche existence.

Au premier rang de ces passions, la première, chronologiquement, est le chant dont, toute jeune, elle aurait aimé faire son métier; il s’en est d’ailleurs fallu de peu puisqu’elle obtient, en 1945, le premier prix d’un concours qui l’amène à exercer cette activité, avec un certain succès, durant trois années environ, au conservatoire de Nancy et à Radio Lorraine où elle se produit, seule au micro, une fois par mois. Un contrat lui est même proposé pour partir chanter aux Etats-Unis auquel elle doit hélas renoncer pour raisons familiales (à l’époque, il n’était pas question de partir si jeune aussi loin !). Ainsi prend fin son grand rêve de jeunesse…

Mais heureusement son grand amour de la musique trouve à s’exprimer autrement; elle dirige ainsi des chorales d‘enfants pour lesquelles elle écrit des chants, paroles et musique ; durant toute sa vie, et encore aujourd’hui, Éliane joue du piano ; elle peint aussi sans discontinuer, dans tous les styles, ne répugnant jamais à explorer de nouvelles techniques ou univers picturaux : il faut voir sa maison qui a tout l’aspect d’une galerie d’art !

Et puis Éliane écrit, beaucoup : des romans, des nouvelles et surtout de la poésie (voir les deux poèmes joints à cet article écrits à des périodes diamétralement opposées de la vie de notre poétesse). Mais il lui faut atteindre 90 ans pour enfin publier (grâce au soutien actif de l’APAC dont elle est depuis longtemps une fidèle adhérente) son premier recueil de poèmes, Pêle-Mêle, qui reçoit un excellent accueil et pour lequel elle est l’invitée de notre Café Littéraire de Metz, qui rassemble, ce jour-là, ses nombreux amis autour d’une très belle qualité d’écriture poétique et de beaucoup d’émotion.

Les goûts artistiques d’Éliane sont très variés et assez classiques: Mozart, Chopin, Gounod, Schubert (en musique), les impressionnistes (en peinture), Musset et Victor Hugo (en littérature). Malgré ses nombreux talents, elle est restée simple et modeste, elle aime la franchise et rejette les prétentieux ; elle aime surtout rire et faire rire ; sa devise est d’ailleurs : « Souris et l’on te sourira » et ceux qui ont la chance de la connaître bien peuvent témoigner que ce ne sont pas là que des mots…

Souhaitons à nos deux si sympathiques et talentueuses adhérentes et amies, une pleine réussite dans la suite de toutes leurs activités et créations artistiques ainsi qu’une vie toujours aussi riche et féconde où elles continueront à éclairer le monde qui les entoure de la lumière et du charme de leurs emblématiques sourires.

                               Bernard APPEL

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Hommage aux poètes disparus (2) par Pierre VINCENT

 Poésie et mémoire ou l’âme des poètes

Avant de revenir à la Champagne qui a déjà et copieusement alimenté le précédent article, je fais le grand écart pour aller à l’extrême est rencontrer un certain Gottfried von Straβburg. Né à Strasbourg vers 1180 et mort vers 1215 (double imprécision certes, mais il semble avéré qu’il fut contemporain de Walther von Volgelweide, Hartmann von Aue et autre von Eschenbach, ce qui donne une certaine lisibilité à son existence), Gottfried est considéré comme l’un des Poètes allemands du Moyen Âge le plus renommé (poète allemand né à Strasbourg, bah, pourquoi pas … !), son Tristant und Isolde aurait été écrit autour de l’année 1210.

Que nos amis Alsaciens me pardonnent, mais mon propos, ici, n’est pas d’expliquer pourquoi, ni quand, ni comment, notre frontière de l’Est changea de tracé à plusieurs reprises, le ferai-je que le sieur Gottfried aurait tôt fait de me faire remarquer que la poésie, justement, n’a pas de frontière, puisqu’il est, lui-même, reconnu comme un des auteurs de Tristan et Iseult … Là, je m’attends à ce que ce soit nos amis Bretons (dignes descendants des Celtes) qui « montent aux créneaux », si je puis dire.

L’origine celtique de l’histoire de Tristan et Iseult ne fait aucun doute, bien entendu, et les nombreuses versions qui traitèrent du sujet attestent de l’intérêt qu’il suscitait. Si le sieur Gottfried s’en inspira, ce n’est pas au retour d’un improbable voyage en Bretagne (s’était bien trop tôt pour aller visiter les enclos paroissiaux …) On doit bien plus sûrement son information aux infatigables voyageurs qu’étaient les trouvères du nord de France à la fin du 12e siècle. Son œuvre, dit-on, est fragmentaire, seulement 20.000 vers …quand même !

Gottfried s’inspira d’une « Légende » dont le récit courait de cours royales en châteaux féodaux, mais aussi d’un thème pareillement contemporain, celui de l’amour qui perdure jusque dans la mort; souvenons-nous du Lai du Chèvrefeuille de Marie de France (légèrement antérieur aux écrits de Gottfried) dans lequel la poétesse écrit :

« Ma belle amie, ainsi en est-il de nous

Ni vous sans moi, ni moi sans vous… »

 Après ce rappel de la poésie de Marie de France, une entorse quelque peu opportuniste à mon propre règlement qui consistait à ne parler que des poètes du Grand Est, je reviens en Champagne, comme annoncé en préambule, pour évoquer deux hommes, ayant l’un et l’autre de solides références champenoises : 

 – Jean de la Fontaine, mais oui ! Il nait à Château-Thierry en 1621 et meurt à Paris en 1695. Ce Castrothéodoricien de naissance ne ferait pas aujourd’hui un authentique champenois (foi de Picard, diraient certains), soit, mais il se trouve que sa ville de naissance fut longtemps chef-lieu du Comté de Champagne … Jusqu’en 1790 quand la Révolution créa le département de l’Aisne (avec 82 autres) dont Château-Thierry devint un des districts. Notre fabuliste était donc bien champenois de naissance.

            On connaît l’œuvre (immense) et la réputation du grand homme de lettres qu’il fut, on sait que ses fables n’étaient qu’une partie de ses écrits qui comportaient également, des poèmes (mais les fables n’en sont-elles pas ?), des pièces de théâtre et des livrets d’opéra, mais je n’en dirai pas plus sur cet homme qui écrivit lui-même  dans son discours à M. le Duc de La Rochefoucauld : « les ouvrages les plus courts sont toujours les meilleurs … » Alors ! 

Gabriel-Charles de Lattaignant (dit aussi Abbé de Lattaignant, cadet d’une famille aristocratique, il était ecclésiastique par tradition), est né et mort à Paris (1697 / 1779), ce qui ne fait pas de lui un authentique champenois, mais, vers 1745 et durant une vingtaine d’années peut-être, il fut en grande faveur auprès de l’archevêque de Reims, Mgr de Rohan- Guéméné,  qui le prit comme secrétaire …CQFD.

Poète et chansonnier, auteur d’opéras-comiques, de poésies légères et frivoles, de pamphlets et même de cantiques spirituels … ben oui, on est ecclésiastique ou on ne l’est pas,  le fameux abbé mena une vie quelque peu dissolue, s’encanaillant dans les cabarets, il disait de lui-même : « j’allume mon génie au soleil et je l’éteins dans la boue ». Il est coauteur de : J’ai du bon tabac dans ma tabatière, une comptine que l’on n’a pas oubliée à laquelle il a ajouté une dernière strophe raillant M. de Clermont-Tonnerre.

Mais, la plus célèbre de ses poésies galantes est certainement celle-ci : Le Mot et la Chose, qui commence ainsi … et se poursuit sur le même thème :

« Madame quel est votre mot

Et sur le mot et sur la chose

On vous a dit souvent le mot

On vous a fait souvent la chose … »

L’âge venant, l’abbé de Lattaignant se retira en 1769 chez les Frères de la Doctrine chrétienne où il écrivit des pièces au ton un peu plus grave et une dernière chanson en l’honneur de Voltaire qu’il admirait, il mourut peu après le grand homme.

Pierre VINCENT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Hommage aux poètes disparus (1) par Pierre VINCENT

 

Poésie et mémoire ou l’âme des poètes

Il n’est pas si lointain le temps où Charles Trenet ou Yves Montant chantaient : l’Âme des poètes, souvenons-nous :

 « Longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues … ».

Certains, tels les ménestrels et autres troubadours, ont chanté leurs propres textes, d’autres ont vu leur poésie portée sur les ondes, ainsi Aragon chanté par Jean Ferrat, mais aussi Rutebeuf chanté par Léo Ferré ou encore François Villon chanté par Georges Brassens, entre autres  … mais, la poésie n’est-elle pas elle-même une  musique ? Cette musique des mots, des rimes et des rythmes qui ont fait voyager jusqu’à nous ce qui faisait l’essence même des écrits de nos aînés, poètes disparus.

Rutebeuf (1230 / 1280 … on sait si peu de choses sur le personnage que ces dates ne sont même pas certaines). Il est né en Champagne. Son nom n’est peut-être qu’un surnom tiré de rude et de bœuf. Borgne, buveur et joueur, il possède une culture cléricale et appartient à une tradition de poésie morale, satirique et malgré tout religieuse. Il est considéré par d’aucuns comme le premier « poète maudit » Dans le Grand Est, on sait qu’il y en aura d’autres.

Le texte le plus connu de Rutebeuf est peut-être cette complainte qui a inspiré Léo Ferré et dont voici un extrait traduit en français :

… Que sont mes amis devenus

Que j’avais de si près tenus et tant aimés ?

Je crois qu’ils sont trop clairs semés ;

Ils ne furent pas bien fumés d’engrais, ils sont gâtés

Ces amis-là m’ont mal traité

Car tout le temps que Dieu m’assaillait de tous côtés

Je n’en vis un dans mon hôtel.

Je crois que le vent les a ôtés, l’amitié est morte …

Thibaud IV de Champagne, (né le 30 mai 1201 à Troyes, mort en 1253) fils de Thibaud III et de Blanche de Navarre, il est Comte de Champagne – homme politique ami des trouvères il est lui-même auteur de nombreuses poésies et chansons (une bonne soixantaine) – surnommé « Thibaud le chansonnier » il est considéré par ses contemporains comme le poète le plus éminent de son époque et par Dante (ce poète majeur du Moyen Âge, auteur de la « Divine Comédie ») comme le plus illustre.

Auteur de poésies courtoises, il sait allier humour et sentiment et use de métaphore tout en restant un grand seigneur : ainsi dans La mort du rossignol poème courtois que l’on a cru longtemps, mais à tort, dédié à Blanche de Castille :

Le rossignol chante tant

Qu’il tombe mort au pied de l’arbre;

Si belle mort nul ne vit,

Si douce et si plaisante.

De même je meurs en chantant à pleine voix,

Je ne peux de ma dame me faire entendre,

Et elle ne daigne pas m’avoir en pitié…

Chrétien de Troyes : son nom et certaines traces de dialecte champenois dans ses œuvres laissent à penser qu’il est, comme Thibaud IV, né à Troyes vers 1135. (Capitale du comté de Troyes au Moyen Âge, la ville a souvent été reconnue comme la capitale historique de la Champagne). Poète conteur, Chrétien de Troyes écrivit des chansons courtoises et cinq romans en vers, dont : Le conte du Graal  (inachevé) et  Le roman de Perceval.  En voici un extrait :

Ce fut au temps où les arbres fleurissent

Où les bocages se couvrent de feuilles, où les prés verdissent

Et où les oiseaux chantent dans leur latin

Doucement chantent au matin

Et où toute chose de joie s’enflamme,

Que le fils de la Dame veuve

De la forêt désolée et solitaire

Se leva ; et c’est avec entrain qu’il mit sa selle

A son cheval de chasse et qu’il prit

Trois javelots ; et c’est de la sorte

Qu’hors du manoir de sa mère il sortit.

Guillaume de Machaut : (1300 / 1377) encore un champenois, né à Reims, mais, semble-t-il, de réputation européenne (en Pologne mais surtout à Londres où il fut admiré et imité par l’écrivain et poète Geoffroy Chaucer). Il est selon certaines sources, le premier à avoir conçu un recueil d’œuvres complètes qui soit un ensemble organisé. Ci-dessous un extrait de La ballade de Machaut : une des 235 qui lui sont attribuées :

Je maudis l’heure et le temps et le jour,

la semaine, le lieu, le mois, l’année

et les deux yeux qui m’ont fait voir la douceur

de ma dame qui a mis un terme à ma joie.

Et je maudis aussi mon cœur et ma pensée,

ma loyauté, mon désir et mon amour

et le danger qui fait languir en pleurs

mon cœur dolent en pays étranger…  

 Certains historiens font naître Guillaume à Machault, une commune de l’actuel département des Ardennes, proche de Vouziers et située à une quarantaine de kilomètres de Reims. Vérité ou excès d’éponymie ? Le lieu et son orthographe a donné naissance à une sorte de calembour qui s’entend en épelant le nom (aime assez à chahuter avec elle avant le thé) Bof !   

Eustache Deschamps (neveu ou protégé du précédent) naît à Vertus, vers 1346, au cœur du vignoble champenois, dans cette zone vinicole appelée, La côte des blancs. On lui doit son Art de dictier, le premier traité de poétique en français où se trouve tout l’arsenal technique de la composition (sonorités, alternances des rimes féminines et masculines, ressources de la langue). Georges Pompidou lui accorde la primeur de son Anthologie, soulignant son talent très élaboré. Ci-dessous un court extrait de son Virelai sur la tristesse du temps présent

Je ne vois ami n’amie

Ni personne qui bien die ;

Toute liesse défaut,

Tous cœurs ont pris par assaut

Tristesse et mélancolie…

 Le présent chapitre de cette rubrique dédiée à nos aînés fait la part belle aux poètes champenois, soit, mais il ne faut voir dans cette première sélection que le fruit de mes recherches uniquement ciblées sur la région du Grand Est.

Dans le refrain d’une chanson populaire de la Champagne on entend :

« Le vin qu’on boit chez nous a de l’esprit pour tous,

il chante dans nos  têtes… »

Alors, ceci explique peut-être cela !

Pierre VINCENT

(Sources, entre autres : La Direction Régionale des Affaires Culturelles de Champagne Ardennes – Anthologie de la Poésie Française de Georges Pompidou, édition Hachette pour F.L.1961 – Les plus beaux manuscrits des poètes français – édition Robert Laffont 1991 – Florilège du Moyen Âge, Hachette 1949)

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L’écrivain, témoin actif de son époque ! par J. Pierre VARACHE

Ainsi écrivait Jean-Pierre Varache                               

L’expression  « Littérature engagée »  est née à la fin de la seconde guerre mondiale avec l’avènement de l’existentialisme : Sartre, Camus, Vercors, Aragon et bien d’autres furent, certes, des écrivains engagés parce qu’ils relataient des faits qu’ils venaient de vivre et les transposaient en s’y impliquant moralement, philosophiquement et politiquement.

            Est-ce à dire qu’ils furent des précurseurs ? Nullement !

De tout temps, romanciers, poètes, dramaturges ont traité les grands sujets sociaux, religieux, philosophiques ou politiques qui défrayaient les chroniques ou alimentaient les conversations. Qui oserait proclamer que Platon, Sénèque, Montaigne, La Bruyère et Zola ne furent pas des écrivains engagés ?

Qu’il s’agisse de flatter (à l’ère des despotes éclairés qui pratiquaient le mécénat) ou de vilipender, tous les grands auteurs se sont investis de la même mission : peindre les mœurs de la société dans laquelle ils évoluaient, et laisser ainsi un témoignage aux futures générations. Ils furent témoins d’une époque : la leur…

Ont-ils été objectifs ? Ceci est un autre débat…

Mais, toute vérité n’étant pas bonne à dire, la plupart de ces grands témoins furent souvent en butte aux persécutions de toutes sortes : Sénèque dut se suicider, Villon échappa maintes fois à la potence en s’en tirant par des pirouettes pour implorer sa grâce en flattant les grands (Épitre à Marie d’Orléans, Requeste à Monseigneur de Bourbon), Voltaire fut embastillé, Hugo dut s’exiler, et la mort de Zola reste encore une énigme…

Autour des années cinquante, quelques romanciers se sont violemment élevés contre la Littérature engagée, tout simplement parce que leurs idéaux politiques ou philosophiques les opposaient aux « Existentialistes »…mais, dans l’esprit de ce refus, n’y avait-il pas là un engagement ?

Le vrai talent d’un écrivain ne réside pas tant dans la façon dont il assemble les mots que dans ce qu’il leur fait dire.

                        « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » écrivait Boileau.

Cette clarté même, qui met les idées à portée de tous, risque alors de devenir dangereuse  pour leur auteur ; mais doit-on lorsque l’on est écrivain se cantonner dans la platitude de sujets « bateaux » ? Je veux bien que l’on traite de belle façon l’amour, des rigueurs de l’hiver ou du renouveau printanier, mais ne serait-il pas judicieux de profiter de l’écriture pour aborder les thèmes liés à notre civilisation : le sida, le quart-monde, la pollution, et tenter de proposer des solutions ?

 L’Écrivain se doit d’être le promoteur d’une évolution vers le progrès, et comme l’écrivait André Gide, « le poète ne peut être qu’un professeur d’espoir ».

C’est dans cette optique que quiconque veut écrire doit être un témoin attentif et actif des événements qui marquent son époque et tenter d’en extraire, ainsi que le disait Rabelais « la substantifique moelle »

Éditorial  du Plume au Vent  n° 04  / mars 1994 

     

 

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De la métaphore et de ses dangers par J. Pierre VARACHE

Ainsi écrivait Jean-Pierre Varache

Du grec «métaphora» dont la traduction littérale est «transfert de sens», la métaphore, souvent employée en poésie, consiste à employer un  mot ou une expression imagée pour leur donner un sens figuré par simple association d’idées. C’est ainsi que lorsque l’on parle de la «fleur de l’âge», des «lumières de l’esprit» ou encore, pour ne citer que nos brillants journalistes, «d’une population sous le choc», on utilise des métaphores.

Nous employons la métaphore lorsque nous voulons attirer particulièrement l’attention du lecteur ou de l’auditeur par une expression imagée qui renforce l’idée que nous voulons transmettre. La métaphore est d’un précieux secours dans le langage écrit ou oral habituel. Mais, en poésie, elle permet de s’offrir le luxe d’images et une manière très pittoresque d’exprimer une pensée qui donnent au poète l’occasion de se singulariser par rapport au prosateur.

Sans utilisation de la métaphore, le style du poète le plus ingénieux et le plus subtil ne serait que versification monotone et sans attraits. «On a besoin de métaphores et d’expressions figurées pour mieux se faire entendre», déclarait J.J. Rousseau. Continuer la lecture

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Salon Plumes à connaître de Maizières-lès-Metz 2017

Le Salon littéraire Plumes à connaître est organisé tous les deux ans par la Ville de Maizières-lès-Metz en partenariat avec l’APAC.

 

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Parutions auteurs apaciens

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Qu’est-ce que le récit ? par Jean ANGLADE

Raconter, c’est faire revivre des événements passés de telle sorte que le lecteur soit intéressé par eux et croie y assister. Oui mais comment raconter ?

Gardez-vous d’ennuyer le lecteur, et pour cela n’allez pas chercher midi à quatorze heures, en lui fournissant mille détails inutiles. Ce qui compte, c’est de venir au fait. Surtout, ne procédez pas comme ces personnes qui pour vous raconter une histoire, établissent force liens de parenté et remontent jusqu’aux générations les plus lointaines, au lieu de parler directement et vigoureusement de leurs personnages.

Faites-vous comprendre : pour y arriver, n’hésitez pas à donner, brièvement, bien entendu, toutes les explications et tous les détails nécessaires à la compréhension du récit. C’est en particulier le rôle de l’entrée en matière. Une bonne exposition classique contient d’une manière générale quelques mots sur les personnages, les lieux, le temps, autrement dit les circonstances de l’action.

Sachez retenir l’attention du lecteur : cela par tous les moyens. Et l’art du récit ou du conte est particulièrement difficile. Efforcez-vous d’employer le présent de narration, d’utiliser le discours direct. Brossez des portraits rapides et précis. Surtout ménager l’intérêt. Cette condition est essentielle.

Comment y parviendrez-vous ? En faisant en sorte que votre dénouement reste imprévu, quoique vraisemblable. Ce dénouement doit surprendre le lecteur, il est bon de le préparer par quelques allusions très brèves et qui passeront pratiquement inaperçues.

En variant le plus possible votre style. En donnant en quelques traits un caractère bien net à vos personnages. En faisant des descriptions en harmonie avec leurs sentiments, leurs idées et l’objet du récit. En l’entremêlant au besoin de courtes réflexions ou de remarques ironiques.

L’humour aussi bien que l’émotion peut fortifier l’intérêt d’une histoire ; toutefois il doit avoir une qualité indispensable : la légèreté. Plutôt que de l’employer avec lourdeur, abstenez-vous.

Article extrait du Cours de composition française, de Jean Anglade et Robert Baron, aux éditions Dunod Paris 1967.

Jean Anglade agrégé de l’Université  – Romancier

Robert Baron ancien élève de l’École Normale Supérieure de l’enseignement technique

 

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